Historique

En parcourant l’histoire de notre institution, on retrouve la marque de personnalités, aujourd’hui disparues de notre mémoire. Pourtant, ces personnes de conviction ont été les promoteurs de notre métier et les artisans de notre organisation professionnelle, en forme d’association, pour défendre les valeurs auxquelles ils croyaient. Certaines de ces personnes, à l’origine d’évènements marquants pour notre Compagnie, seront citées dans ce témoignage, d’autres plus nombreuses pour être citées, mais tout aussi dévouées à forger notre identité nationale, font aussi partie de l’histoire de la Compagnie.

Comment et pourquoi la CDAF s’est constituée en 1944 ?

La création de l’association trouve sa première origine dans des études qui ont été poursuivies, dès 1935, au sein de deux grandes organisations qui s’étaient donné pour vocation d’analyser les problèmes de l’organisation scientifique des entreprises et notamment pour effectuer leurs Approvisionnements aux meilleures conditions possibles :

– Le Comité National de l’Organisation Française ( CNOF )

– L’Organisme de formation professionnelle ( CEGOS )

Rappelons qu’en 1916 fut crée aux Etats-Unis la première association professionnelle d’acheteurs, suivie en 1921 par celle crée en Grande-Bretagne. Les deux commissions, chargées de ces études, fusionnèrent en 1942 dans la section VI de la CEGOS puis, en 1944, cette section, présidée par P. Garcin, qui fut le premier Président de la Compagnie qui s’appelle alors : La Compagnie des Chefs d’Approvisionnement (CCA), Association régie par la loi de 1901, commença à dégager les éléments d’une véritable doctrine.

Pourquoi à sa création, l’association a pris le nom de compagnie ?

La CCA a engagé très vite une réflexion sur l’opportunité de règles d’éthique et la possibilité d’en promouvoir le respect de façon réaliste. Cette préoccupation explique l’adoption dans sa dénomination du terme « Compagnie ». Les fondateurs voulaient marquer par là une affinité avec les Groupements des professions libérales ayant, eux aussi, des impératifs éthiques : Notaires – Agents de change – expert-comptable etc… En conséquence de quoi, tout professionnel sollicitant son admission à la Compagnie devait – et doit toujours – s’engager à respecter les règles d’un « Code de l’honneur ».

La doctrine de la Compagnie des Chefs d’Approvisionnement

La première mission de la section animée par P.Garcin fut de recenser les ouvrages didactiques traitant des deux aspects primordiaux de la fonction Approvisionnement :

Les ACHATS et la GESTION DES STOCKS

Ils durent constater que rien ou presque n’avait été publié dans notre pays sur ces questions. Par contre, ils purent observer que, dans les pays Anglo-Saxons, attentifs aux problèmes commerciaux, il existait des études théoriques élaborées par des économistes en collaboration avec les Universités et les organismes privés de l’industrie et du commerce. A partir de ces ouvrages furent dégagés des bases théoriques dont découleraient des modalités d’application sur le plan pratique pour devenir une véritable DOCTRINE que la CCA se donna pour mission de perfectionner et de diffuser.

Les points fondamentaux de cette doctrine relèvent d’une opinion donnée comme certaine par ses auteurs, ils se résument en six points :

  1.  Définition de la Fonction Approvisionnement dans l’Entreprise
  2. Analyse de la fonction ou les Etapes du Processus d’Approvisionnement
  3. Rôle du Service d’Approvisionnement Autonome
  4. Utilité du Service d’Approvisionnement Autonome
  5. Importance et difficulté de la mise en jeu de la concurrence
  6. Les Qualités de l’Acheteur

Cet ensemble de notions qui portent sur le déroulement de l’acte d’approvisionnement, comprenant l’acte d’achat et la gestion des stocks, constitue les contours de la Fonction Approvisionnement à la création de la CCA en 1944.

Le plus important est de se reporter aux problèmes posés par l’application de cette doctrine :

Le point de vue des dirigeants de l’entreprise :

L’institution dans l’entreprise d’un service approvisionnement autonome nécessite une claire définition du rôle que doivent jouer ce service d’une part, les services utilisateurs et techniques d’autre part, pour la meilleure exécution des approvisionnements. Le service approvisionnement autonome ne doit jamais être un écran entre les fournisseurs et les services utilisateurs ou techniques. Il doit, au contraire, être entre eux un lien compréhensif. En conséquence, la mise en place dans l’entreprise d’un service d’approvisionnement autonome provoque alors un curieux complexe de frustration de la part des chefs de service auxquels étaient attribuées précédemment les décisions en matière d’achat, d’où des réactions de mauvaise humeur.

Le point de vue des professionnels de l’approvisionnement :

Le rôle mineur attribué, dans l’organisation classique, aux membres des services d’approvisionnement ou d’achat, ne les avait pas toujours préparés aux fonctions importantes qui leur étaient proposées. Ils craignaient de ne pas se montrer à la hauteur de ces nouvelles responsabilités.

LA CCAAF en 1949 :

En 1949 le Conseil d’Administration de la Compagnie, devenue La Compagnie des Chefs d’Approvisionnement et Acheteurs de France ( CCAAF), présidée alors par Paul Gros décida trois types d’actions nouvelles :

  1. La création d’une revue spécialisée destinée à la diffusion de la doctrine de la CCA Le premier N° du mensuel ACHETEUR paru en novembre 1951
  2. L’intensification du recrutement des membres de la Compagnie par l’organisation de Conférences et des Echanges de vue pour le perfectionnement professionnel
  3. La création de l’Ecole Supérieure d’Approvisionnement (ESAP)

Objectif : Empêcher, par un enseignement issu d’expériences pratiques, de s’éloigner du réel.

En 1949 , le Conseil d’Administration de notre Compagnie devenue la Compagnie  des Chefs d’Approvisionnement et Acheteurs de France (CCAAF), conscient de l’importance de la cause qu’il défendait, constata la quasi inexistence des moyens humains affectés par les entreprises à une fonction aussi importante que l’Achat pour la  prospérité des entreprises, de même que pour la vitalité de notre économie, décida la création de l’Ecole Supérieure d’Approvisionnement. Ainsi, allait être définie, dès 1949, une politique de formation continue du personnel en place dans les entreprises, visant à la concrétisation de l’évolution de la fonction Achats dans les entreprises. Le mot « Acheteur » apparaissait seulement dans deux des Conventions collectives dites « Croizat » qui couvraient les activités de « Secteur marchand ».

1. Quels étaient les objectifs de la compagnie ?

Provoquer l’amélioration des méthodes et de l’organisation des entreprises et l’élévation des caractéristiques qualitatives du personnel chargé des Achats et Approvisionnement.

Ne jamais porter la durée et le coût des programmes au-delà de ce qui était supportable par les entreprises.

Le Président de la Compagnie Paul Gros, Directeur général des Achats de la SNCF, fit appel à Philippe Colaneri diplômé des Sciences Politiques pour occuper le poste de Secrétaire Général de la Compagnie. Celui-ci crée alors l’Ecole Supérieure d’Approvisionnement dont la Direction lui est confiée .

Il existe au sein de la Compagnie une Commission de Formation Professionnelle, chargée de l’élaboration des cours, du corps professoral, des élèves, des examens, présidée par Jean Rieu. En 1950, l’école ouvre sa première session avec l’appui financier du CNPF et de ses principales fédérations qui en perçurent l’importance. Aucun enseignement, ni initial, ni en perfectionnement n’existait à l’époque, nulle part. L’école pris le nom de l’ESAP et bénéficia, après enquête de l’Inspection de l’Enseignement Technique du statut « d’Etablissement de Perfectionnement Professionnel ». A ce titre, elle fut amenée en 1956 à bénéficier de la taxe d’apprentissage par la Commission Supérieure de ladite taxe.

2. Comment ont été choisies les lignes générales de l’enseignement et les modalités de fonctionnement ?

La création du métier d’Acheteur

Le personnel effectuant des Achats, quel que fut son niveau de responsabilité, n’avait dans la majorité des cas, aucune connaissances ni générales ni spécifiques nécessaires à l’accomplissement de ses missions et les acquérait « sur le tas ». Le cycle fut donc suivi aussi bien par des responsables d’achat que par de simples acheteurs qui avaient été affectés à ces tâches en fonction, soit de leur connaissance technique des fabrications, soit de leur connaissance de l’entreprise, soit de leur ancienneté.  Les étudiants n’étaient pas admis, seules des personnes engagées depuis 3 ou 4 ans dans une activité professionnelle touchant à la fonction Approvisionnement pouvaient s’inscrire. La vocation de l’ESAP était de former une pépinière de professionnels des Achats capables d’assurer des responsabilités supérieures soit en maîtrise, soit comme cadre, imprégnés de la doctrine de la Compagnie et rendus aptes à son application sur le plan pratique. Ainsi, un premier aspect de l’évolution suscitée et entretenue par l’action de la Compagnie et de l’ESAP peut se résumer en l’apparition d’un « Nouveau Métier », celui d’Acheteur avec des savoirs et des savoir-faire constituant une technique spécifique.

Quel était l’esprit du programme d’enseignement ?

D’abord la nécessité de situer la place et le rôle des Achats dans l’entreprise d’où celle de faire connaître au personnel la structure et la fonction des autres services avec lesquels il est appelé à collaborer. Ensuite le besoin pour l’acheteur d’un minimum de culture fondamentale pour affronter, en connaissance de cause, des lois, des mécanismes et institutions économiques, des marchés et les produits qu’il a en charge d’acquérir. C’est pourquoi le programme comporte trois groupes de cours :

  1. Organisation générale de l’entreprise
  2. Approvisionnement : Achat et Gestion des stocks
  3. Economie générale et Droit commercial

Ces cours furent complétés par les Conférences d’application et les Travaux pratiques. Du fait même de cette formation, complétée par l’ensemble des actions de la Compagnie, la profession se qualifia davantage, en sorte que la durée du cycle passa de 65 heures en 1950 à 90 heures en 1960 pour atteindre 200 heures en 1970

Parallèlement, pour toucher le maximum d’entreprises, l’enseignement se décentralisa et fut dispensé progressivement sur 12 points de l’hexagone. L’effectif passant ainsi d’une moyenne de 50 stagiaires dans la première décennie à 250 stagiaires depuis 1970. L’enseignement fut également exporté en Belgique, en Italie, en Algérie de manière durable ou occasionnelle.

 

L’apparition du dirigeant d’achat, du CYGMA et du premier Master en Achats

L’évolution provoquée par l’ESAP amena la Compagnie à compléter son dispositif par la création d’un deuxième cycle de formation. Devenu Président National de la Compagnie, Jean Bissuel était convaincu qu’un levier majeur de la promotion des fonctions Achats et Approvisionnement était la formation de cadres de cette fonction. Une commission ad hoc, rassemblant autour du Président et de Philippe Colaneri, six Directeurs d’Achats de la région lyonnaise ainsi qu’un Professeur des Universités Pierre-Yves Barreyre, joua un rôle essentiel dans l’élaboration d’un système d’éducation original. Si la première étape de l’action de formation de la Compagnie avait, avant tout, visé la professionnalisation de l’Achat et de la Gestion des Stocks, une deuxième étape allait correspondre à l’émergence de compétences spécifiques pour diriger les Achats qui se superposaient à la capacité professionnelle de les réaliser au quotidien. Pour cela la Compagnie créait en 1973, en partenariat avec l’IAE de Grenoble, un cycle spécifique d’une quarantaine de jours, pour la formation de cadres de la fonction : Le CYGMA.

Le « Patron des Achats » n’était plus seulement un « Acheteur en Chef » ; il avait à piloter des équipes d’acheteurs et à gérer des relations internes plus complexes. Le CYGMA avait donc pour objectif d’apporter aux diplômés de l’ESAP dotés de l’aptitude à maîtriser le processus d’achat, la capacité de diriger des acheteurs. Mais, en raison de la progression de la fonction, le poste de dirigeant était souvent pourvu par mutation d’un cadre d’une autre fonction, sans connaissance pratique de l’achat. C’est pourquoi fut exigé un prérequis et incorporé au programme Cygma un apprentissage des techniques du métier d’acheteur.

Peu de temps après le lancement du premier Cygma, un arrêté du Ministère de l’Education Nationale instaurait les DESS (Diplôme d’Etudes Supérieures Spécialisées). La commission qui venait d’élaborer le Cygma avec l’IAE de Grenoble décida de solliciter une habilitation pour un cursus dont le Cygma serait le premier volet et de superposer un DESS de Management des Achats (DESMA) accessible aux seuls stagiaires du Cygma ayant satisfait aux critères de validation de ce cycle.  Au moment où l’habilitation fut accordée , début 1976, fut créée la première formation universitaire dans le monde donnant lieu à la délivrance d’un Master in Purchasing Management.

A la fin des années 1970 la situation se présentait comme suit :

ESAP = Niveau 3/2 – CYGMA = Niveau 2/1 – DESMA = Niveau 1

Lancement du programme ESAP 2000

Depuis la fin des années 70 une triple évolution est apparue : L’Internationalisation des échanges.  La concentration des entreprises sur leur savoir-faire.  L’informatisation des Achats

Ces divers changements ont aboutit à une requalification en hausse des postes d’achat. Cette évolution a commencé au milieu des années 80 et pour y faire face le cycle ESAP est passé de 200 à 250 heures. Début 1991 fut lancé le programme ESAP 2000, il consistait à combiner une large partie du programme Cygma avec le programme antérieur de l’ESAP pour passer de 250 heures en 1988 à 420 heures en 1991.

Philippe Colaneri, en juin 1992, présenta le Rapport Général pour la demande d’homologation du titre ESAP 2000 auprès de la Commission Technique d’Homologation des Titres et Diplômes de l’Enseignement Technologique.

Quelle était la qualification visée par le titre ?

– Cadre, responsable de l’achat (et éventuellement de la gestion des stocks) d’une famille de produits de nature stratégique et ayant ou non charge de personnel.

L’homologation de la formation ESAP 2000, en formule discontinue sur 21 mois, validée par un examen a été obtenue en juillet 1993 puis renouvelée en 1997. Lors de ce renouvellement la Commission a considéré que tout stagiaire devait posséder un niveau suffisant de pratique de la langue anglaise, pour être titulaire du titre, de même la maîtrise de l’outil informatique était également imposée. L’homologation de la formation ESAP 2000, en formule continue sur 7 mois validée par un examen a été obtenue en décembre 1997. Cette formation destinée aux demandeurs d’emploi est financée par les Conseils Régionaux ,sur dossier individuel.

Contenu de la formation ESAP 2000 :

Etudier la situation d’achat : Veille du marché amont et des besoins de l’entreprise. Niveau opérationnel de l’achat : Processus d’achat – Droit des contrats. Niveau stratégique de l’achat : Participer à la définition des produits – Sous-traitance. Aspects relationnels de l’achat : Négociation – Communication – Ethique. Aspects organisationnels : Système d’information – Animation d’une équipe.

Durée de la formation ESAP 2000 : 420 heures

– Enseignement théorique : 336 heures ; – Travaux pratiques : 84 heures ;  Certification du Titre ESAP 2000

Après l’homologation du titre ESAP 2000 obtenue en 1993 et reconduite depuis, le cycle, après une refonte du programme effectuée en 2006 par une Commission ad hoc avec comme objectifs : Actualisation – VAE – Certification, a été présenté à la Commission Nationale de la Certification ¨Professionnelle (CNCP) qui a certifié le titre :

Responsable des Achats niveau II le 3 mars 2007

Relevé du développement progressif du temps nécessaire au cycle ESAP pour son adaptation a l’évolution du métier d’acheteur : 1950 = 65 heures ; 1960 = 90 heures ; 1970 = 200 heures ; 1980 = 250 heures ; 1991 = 420 heures ; 2007 = 455 heures

 

Les heures noires

Les organisations ont souvent au cours de leur vie des moments plus difficiles que d’autres. La CDAF n’y a pas échappé.

En 2001, lorsque François Girard prend la présidence de la CDAF, la situation financière est difficile. La profession a beaucoup évoluée et de nombreuses écoles d’achats sont apparues dont certaines très prestigieuse. La CDAF qui est l’association des Acheteurs mais aussi un organisme de formation doit faire face à la situation.

La structure de la CDAF ne différencie alors pas les activités associatives et les activités formation. François Girard propose alors au conseil d’administration la constitution d’une SAS, filiale qui gèrera les activités formation : la CDAF formation Conseil. Patrick Marion alors vice-président, mettra en œuvre cette mutation.

Cette séparation des activités reste finalement incomplète car des élus bénévoles n’ont ni le temps ni la compétence pour gérer une activité de formation devenue avec le temps très technique et très concurrentielle. Lorsque Pierre Pelouzet arrive à la présidence de la CDAF en 2006, il prend la décision de vendre l’activité formation conseil.

La CDAF restera actionnaire minoritaire de la CDAF Formation SAS jusqu’en 2010. Depuis la CDAF formation conseil ne dépend plus de la CDAF association, les deux structures étant totalement indépendantes.

Le renouveau

La CDAF, désormais focalisée sur son rôle représentatif de la fonction en France, peut lancer de nouveaux projets.

C’est ainsi que le Club des Directeurs Achats de la CDAF, créé en 2005, prend son essor.

En septembre 2009, René Ricoll, alors médiateur du Crédit, vient rencontrer les membres du Club des directeurs Achats de la CDAF, pour leur proposer d’écrire ensemble la future « charte des relations fournisseur responsables »